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  Bande sahélo saharienne: Les vrais malheurs de l’Algérie

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MessageSujet: Bande sahélo saharienne: Les vrais malheurs de l’Algérie   Lun 5 Juil - 4:40

Les récents succès
diplomatiques du Mali, illustrés par la libération de plusieurs
ressortissants de pays occidentaux détenus en otage, et la réussite de
la Libye dans la bande sahélo saharienne semblent irriter certains
responsables algériens. Ils le manifestent, à travers un journal
algérois, en portant des accusations graves sur le président Touré et
les autorités maliennes.

Il y a quelques mois, les autorités
algériennes menaçaient de se retirer de la médiation qu’elles
dirigeaient entre le gouvernement malien et l’Alliance du 23 mai pour le
développement et le changement. Pour justifier leur menace, les
Algériens accusaient certains médias maliens de mettre la bonne foi de
leur pays en doute dans son rôle de médiateur. Pour eux, ces organes de
presse étaient proches des autorités maliennes donc reflétaient
l’opinion de Koulouba. Nonobstant le fait que cette médiation était
devenue impuissante et inutile (la Libye s’étant révélée nettement plus
efficace), les autorités maliennes, pour ne froisser personne, ont prié
leurs homologues algériennes de revenir dans le processus de paix. Mais à
l’évidence, il était difficile pour les autorités algériennes de croire
qu’ailleurs, la presse peut être indépendante, que les journalistes
sont libres de leur opinion. Difficile de penser autrement dans un pays
où toutes les libertés, individuelles et collectives, sont
quotidiennement bafouées.

L’Algérie est certainement un des rares
pays, en ce vingt-et-unième siècle, où il existe une forme de liberté
conditionnelle d’expression, une liberté accordée proportionnellement au
degré de compromission, de pression, d’allégeance et de couardise.
C’est sans doute fort de cette mentalité qu’en début de semaine, un
journal algérois réputé proche du pouvoir s’est permis de porter des
accusations extrêmement graves sur les plus hautes autorités du Mali.
Accusées de duplicité dans la gestion de la lutte antiterroriste dans la
bande sahélo saharienne, de complicité avec des groupes terroristes
opérant dans la zone, groupes elles auraient remis des armes rendues par
les ex combattants touaregs qui ont réintégré le processus de paix.
Mauvaise foi ou amnésie pathologique, ces Algériens ne disent pas que
depuis des années, c’est le président Amadou Toumani Touré qui a émis le
vœu d’une conférence internationale sur les questions sécuritaires dans
la Bande. Mieux, depuis plusieurs années, le Mali a requis des autres
pays riverains de cette zone une coopération militaire active, et des
pays occidentaux les moyens de combattre le terrorisme dont certains
acteurs commençaient à investir le vaste et incontrôlable Sahara. Pour
cela, le Mali était prêt à accueillir les travaux de ladite conférence
et a toujours aménagé son agenda en fonction. Alors, comment comprendre
la réaction de ces Algériens ?

Un pays tombé aussi bas

Pour
comprendre comment ce pays est tombé aussi bas, il faudrait sans doute
remonter le cours du temps, notamment l’histoire récente d’un pays
plongé dans la guerre depuis 1992, lorsqu’une poignée d’officiers
supérieurs de l’armée nationale populaire d’Algérie ont décidé de faire
main basse sur le pays. Pour cela, ils n’hésiteront pas à mettre le pays
à feu et à sang pour préserver des intérêts et privilèges menacés par
la popularité et la victoire certaine du Front islamique du salut (FIS,
crée le 18 février 1989). Cette guerre civile, de 1992 à ce jour, a fait
plus de deux cents mille morts, avec une pointe en 1997 à la suite de
massacres massifs. Que s’était-il passé ?

Bref rappel. Au début
des années 1990, l’oligarchie militaire qui dirigeait (et dirige encore)
l’Algérie s’était vue menacée par la popularité et le succès sans cesse
croissants du FIS. Le front venait de remporter largement les élections
locales, premières élections libres organisées dans ce pays. Il
confortera cette avance en décembre 1991, à la faveur du premier tour
des législatives. Or, le FIS ambitionnait de créer un Etat islamique. Ce
qui n’était pas du goût des généraux qui dirigeaient le pays. Devant
l’adhésion populaire dont il a bénéficié, le Front fut combattu avec la
dernière énergie. Et pour cela, une stratégie véritablement
machiavélique fut conçue et exécutée. Après avoir écarté le président
Chadli Bendjedid jugé faible et trop tolérant, les tout-puissants
généraux, à travers les services secrets dont la direction du
renseignement et de la sécurité (DRS) confiée au tristement célèbre
Mohamed Médiène dit Toufik, se mirent à exécuter leur plan diabolique :
discréditer le FIS aux yeux du peuple algérien. Pour cela, le Groupe
Islamique Armé (GIA que d’autres appellent groupe islamiste de l’armée)
fut créé, équipé, armé et financé par les services secrets algériens
pour perpétrer des actes terroristes. Ils le feront. Des enfants, femmes
et vieillards furent kidnappés, mutilés, violés, égorgés. Le tout fut
attribué, bien entendu, au FIS. Parallèlement, des tracts invitants les
islamistes à prendre le pouvoir par les armes furent rédigés, toujours
par les services secrets, et distribués. Le nouveau président, qu’ils
avaient coopté, Mohamed Boudiaf, ne faisant plus leur affaire, fut
assassiné en juin 1992. La violence fut même exportée : des attentats
furent commis en France, en 1995. Tout ce macabre cirque n’avait qu’un
but : faire porter le chapeau au FIS (qui pourtant ne prônait qu’un
islamisme modéré, mais qui a également été infiltré et manipulé), mettre
un terme au processus électoral, et justifier l’emprisonnement des
islamistes modérés sur lesquels le peuple avait porté son choix. Le
Front fut de fait dissous depuis le 4 mars 1992. Dès lors, l’état
d’urgence qui fut instauré sera propice à toutes les dérives.

Un
semblant de démocratie

A l’approche de la décennie 2000
interviendront plusieurs facteurs. Il n’y eut plus un seul mais
plusieurs GIA. Les généraux, en effet, avaient perdu le contrôle sur ces
groupes et, de ce fait, avaient de plus en plus de mal à les manipuler
et à déterminer leurs actions. Ceux-ci commençaient à prendre des
initiatives personnelles et à travailler pour d’autres groupes
d’intérêts, notamment les milieux mafieux qui conjuguent politique et
finance. Devenus de vulgaires mercenaires, ils ont favorisé l’émergence
d’un islamisme radical qui avait trouvé le meilleur ferment dans la
misère, la pauvreté, l’injustice, le sang et les larmes engendrés par
les actions des GIA manipulés par des généraux. C’est toujours en
Algérie et par des Algériens, que fut créé le Groupe salafiste pour la
prédication et le combat GSPC) qui se livrera plus tard au réseau de
terrorisme international, en prenant le nom de Al Qaïda pour le Maghreb
Islamique. Entre temps, des élections furent organisées pour donner un
semblant de démocratie à l’Algérie. Mais comme l’a confié au journal le
Matin du 3 juin 2002 l’ancien Premier ministre Sid Ahmed Ghozali « la
mascarade aventureuse n’apporte rien à la solution de nos vrais
problèmes. Elle signifie une nouvelle régression par rapport à un
processus démocratique. Elle est la continuation de la pratique de
l’exclusion par un pouvoir qui n’a cessé d’allumer des feux successifs
et de les attiser… »

Ce bref rappel et surtout les propos d’un de
ses hommes d’Etat tendent à démontrer que l’Algérie est seule et unique
responsable de ses propres malheurs. Ce sont ses dirigeants qui ont
créé et entretenu le terrorisme et le climat d’insécurité permanente.
Chez eux mais chez les autres aussi. Alors si quelqu’un devait répondre
devant la Cour pénale internationale, c’est du côté de l’Algérie qu’il
faudra le rechercher. On se rappelle que certains hauts responsables de
ce pays ont abrité, assisté et aidé les rebelles et bandits armés qui
écumaient le nord du Mali et du Niger. Bahanga y avait une résidence
sécurisée. Le 23 octobre 1994, plusieurs témoins ont affirmé que c’est
dans l’enceinte du consulat de ce pays à Gao que les rebelles se sont
réfugiés après l’attaque de la ville, avant d’être exfiltrés vers
l’Algérie. Du reste, certains officiers algériens n’ont rien à gagner
dans la pacification et la sécurisation de la bande sahélo saharienne.
Peut-on délibérément tuer la poule aux œufs d’or ? Cette bande,
véritable zone de non droit, est propice à tout genre de trafics :
armes, drogues, matériels militaires, voitures volées, produits divers.
Si les acteurs de ces activités mafieuses sont connus, leurs
commanditaires et principaux bénéficiaires le sont aussi. Il s’agit de
ceux-là mêmes qui ont suffisamment de pouvoir sur les douanes et
services de sécurité algériens pour faire passer hommes, armes et
bagages sur le territoire algérien. Des ressortissants des pays
étrangers sont soit enlevés en Algérie soit transitent par ce pays.
Aujourd’hui, si les Algériens se mettent à chialer, c’est parce qu’ils
ne sont plus seuls à avoir compris les énormes avantages que l’on peut
tirer d’une zone de non droit. D’autres ont également investi le terrain
et ont sans cesse des accrochages avec les hommes de main et complices
des généraux. Une perte importante. Mais qui ne nécessite pas que l’on
développe une coopération internationale pour sécuriser la zone.

En
effet, la conférence internationale sur la sécurité, la paix et le
développement tant souhaitée par le président malien a été plusieurs
fois programmée mais toujours reportée. Plusieurs observateurs
soupçonnent le chef d’Etat algérien d’être la cause de ces reports.
Certains pensent qu’il ne pouvait s’absenter, occupé qu’il était à faire
tripatouiller la constitution de son pays pour s’éterniser au pouvoir.
Pour d’autres, il ne veut seulement pas, pour ne pas entendre certaines
vérités crues, s’asseoir à la même table que certains dirigeants qui
réussissent beaucoup mieux que lui. Quand on sait que les dirigeants
algériens vouent une haine farouche et imprescriptible au Maroc et à la
Libye, on n’est pas près de les réunir à la même table de discussion.
Or, c’est ce dernier pays, la Libye qui, croyant bien faire, avait remis
à l’Algérie le terroriste notoire, Abderrazak El Para. Pion (peut-être
même une créature) des services secrets algériens, ce dernier fut vite
relâché dans la nature.

La sécurité, une affaire de toutes les
nations

Comme l’a dit et redit le président Touré, la
sécurisation de la bande sahélo saharienne n’est pas l’affaire d’une
seule nation. Le Mali est un pays paisible qui aspire à développer sa
nation. Il est aussi un pays d’hospitalité qui accueille tous ceux qui
aspirent comme les Maliens à vivre paisiblement. Mais également, c’est
un pays qui sait prendre ses responsabilités, notamment en sévissant
contre tous ceux qui veulent exporter leur guerre, propre ou sale, sur
son territoire. Pour preuve, au moment même où certains responsables
algériens, par le biais d’un nègre porte-plume, s’évertuaient à jeter le
discrédit sur les autorités maliennes, à porter des accusations contre
le président de la République et à falsifier l’histoire, les forces
armées et de sécurité venaient d’arrêter, le 26 avril dernier, quatre
islamistes armés, provenant sans doute de l’Algérie où ils fourguent
d’habitude leurs marchandises. Il est vrai que le Mali ne doit servir ni
de transit ni de marché à ses marchands de mort, qu’il ne doit pas non
plus être le refuge de tous les hors-la-loi de la planète. Encore une
fois, pour cela, il faut une concertation et une coopération à grande
échelle.

Les Algériens sont-ils de cet avis ? Ou, plus
exactement, ces généraux qui gouvernent véritablement l’Algérie, se
nourrissent du sang du peuple algérien, prospèrent grâce à la misère du
peuple algérien, se perpétuent sur les ruines de l’Algérie, ces généraux
vont-ils laisser Bouteflika contribuer à la pacification de la bande
sahélo saharienne ? Combien de chefs d’Etat algériens n’ont-ils pas été
tués pour que les généraux gardent leurs privilèges ?

C.H. Sylla /
Cheick Tandina

Source : Afrique en ligne
www.africa.1fr1.net
Admin


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